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jeudi 11 février 2010

Une histoire avant de se coucher;


Créateur parcourait la Terre en s'assurant que tout allait bien.  

Un jour, dans son canot d'écorce géant, il s'en alla pagayer sur les eaux paisibles du monde.
Le canot glissait vers la rive, en direction du soleil levant. Plus le lointain horizon se
rapprochait, plus le froid s'intensifiait. Des vents violents transformaient les eaux en énormes vagues qui déferlaient avec fracas. Autour de lui flottaient de gros blocs de glace qui entravaient sa progression.
Voyant cela, Créateur abandonna son canot et posa le pied sur le sol gelé. Se tournant vers le nord, il n'aperçut qu'une vaste étendue blanche, sans phoques ni ours polaires. Au sud, il vit les grands pins parés d'une cape blanche. Les branches dénudées des chênes et des érables s'étiraient vers le ciel tels d'énormes doigts oscillant au vent. De grandes nappes de glace drapaient les rochers le long des rivières et des ruisseaux, emprisonnant les eaux jadis libres. Les animaux et les oiseaux avaient tous disparu.
Créateur observa les gens. Il vit beaucoup de souffrance. Sans phoques à chasser, la maison de glace des Inuits était froide et les estomacs étaient vides. Les Cris mouraient de faim sans le caribou et la sauvagine.
-" Cela n'est pas bien, se dit-il. Rien ne peut survivre sous un climat aussi rude."



 Usant alors de tous ses pouvoirs magiques, Créateur essaya de réchauffer la Terre, mais en vain. Il eut beau faire, la Terre demeura obstinément blanche et glacée.
Affaibli par ses efforts, Créateur s'assit pour se reposer au sommet d'une haute montagne. Soudain, il fut environné par un vent glacial charriant d'épais tourbillons de neige d'où émergea un énorme géant de glace. Un vieux visage crevassé surgit au-dessus de Créateur. Une voix tonitruante rugit à travers les hurlements du vent.

-"Je m'appelle Hiver. Mon pouvoir est si grand que les gens tremblent de peur, que les animaux s'enfuient et que les eaux deviennent aussi dures que le roc. Même tes pouvoirs magiques se figent. Bientôt, la Terre entière m'appartiendra. "
Le géant de glace se mit à rire et disparut en tourbillonnant dans le vent. Le froid mordant avait privé Créateur de ses pouvoirs.
-"J'aurai besoin d'aide pour rectifier les choses ", pensa Créateur. 


Rassemblant le peu de force qui lui restait, il quitta cette terre de glace et de neige et poursuivit son chemin. Au fur et à mesure que les jours passaient, le climat se réchauffait. De l'herbe tendre amortissait les pas de Créateur occupé à se frayer un chemin sur le rivage. Les bourgeons vert vif des arbres éclataient, redonnant vie à la forêt. Au-dessus de sa tête, des vols de canards et de bernaches, pressés de célébrer le réveil de la Nature, fendaient le ciel en projetant sur la Terre leur ombre en forme de V. 

Créateur croisa sur sa route un beau jeune homme. Ce dernier dépassait le faîte des arbres et était entouré d'oiseaux chanteurs qui tournoyaient autour de sa tête. Il tenait dans les bras un plein panier d'arbustes fruitiers qu'il plantait avec soin, un à un, dans les prés.
-" Bonjour Printemps, lui lança Créateur. Je suis venu demander ton aide. "
 Créateur raconta alors à Printemps sa rencontre avec Hiver.

-" C'est vrai, admit Printemps. Chaque année, Hiver nous dérobe davantage de temps. Bientôt, il ne me restera plus rien. Je perdrai mon pouvoir et je ne serai plus capable de réveiller les animaux ou de faire revenir le gibier d'eau. Les habitants de la longue maison ne pourront plus faire pousser leur maïs, leurs haricots et leurs courges."

D'un commun accord, Créateur et Printemps décidèrent d'aller chercher de l'aide. Leur périple les mena à travers des forêts luxuriantes où poussait un épais sous-bois et qui abritaient tout un peuple de créatures laborieuses. Les chants aigus des insectes formaient une sérénade qui s'accrochait à l'air chaud et dense. Ils suivirent une longue rivière sinueuse qui se jetait dans un lac profond. 
Sur la rive se tenait une belle femme qui avait un pied dans l'eau et l'autre sur une plage sablonneuse. Son épaisse chevelure noire était ornée de fleurs aux couleurs vives. Elle tenait dans les bras un grand pot en argile rempli d'eau et de poissons qu'elle déversait doucement dans le lac.
Printemps s'adressa à elle en premier.

- " Bonjour Été, nous sommes venus demander ton aide. "

Une fois de plus, Créateur raconta sa rencontre avec Hiver. Attentive, Été l'écoutait lui parler de la Terre gelée, du départ des animaux et de la souffrance des gens.
-" Hiver m'a tellement enlevé de temps, renchérit Printemps, que j'ai peine à faire mon travail. "
-" Sans ton travail, je ne peux pas faire le mien, rétorqua Été. Je vais perdre mon pouvoir. Le bison ne pourra retourner vers les collines onduleuses ou vers les plaines. Les Pieds-Noirs et les Crow n'auront ni nourriture ni peaux pour construire leurs abris. "
-" Ce n'est pas bien ", dit Créateur.
-"Nous allons avoir besoin d'aide ", répondit Été.

Ils se mirent alors tous trois en route. À mesure qu'ils progressaient, le vert profond des arbres faisait place à un flamboiement de rouges, de jaunes et d'oranges. Des pluies rafraîchissantes chassaient la chaleur. L'air était vif. La sauvagine remplissait le ciel. Dans les terrains boisés, de nombreuses créatures s'affairaient à faire des réserves de nourriture en prévision du long sommeil hivernal.
créateur photo
Les trois voyageurs arrivèrent finalement au pied d'une chaîne de collines ondulées sur lesquelles se dressait un homme élégant vêtu de nombreuses couleurs. À ses pieds se trouvait un énorme pot rempli de peinture de multiples couleurs. Il se déplaçait avec grâce tout en peignant le paysage.
-"« Bonjour Automne, lui cria Été. Nous sommes venus demander ton aide. "
Créateur lui parla de sa rencontre avec Hiver.
-« Il nous dérobe trop de temps. Je ne serai bientôt plus capable de faire mon travail », se plaignit Printemps.
-" Et je serai incapable de faire le mien ", d'ajouter Été.
 Automne savait que sans le formidable travail accompli par Été, il ne pourrait pas créer les splendides couleurs qu'il utilisait pour peindre la Terre. Il serait impuissant à aider le saumon, la baleine et le flétan dans leur long périple. Les magnifiques forêts mourraient. Les Shuswaps des montagnes ou les Kwagiulth de la côte n'auraient plus rien à chasser, à attraper ou à cueillir.

-" Moi aussi j'ai remarqué qu'Hiver arrive de plus en plus tôt chaque année. Mais que peut-on faire? demanda Automne. Aucun d'entre nous n'est assez fort pour repousser Hiver."
-" Ce n'est pas bien ", dirent en chœur Printemps, Été et Automne.
-" C'est vrai, leur répondit Créateur. Le pouvoir d'Hiver est grand, mais il existe un pouvoir plus grand encore."
-"De quel pouvoir s'agit-il? ", lui demandèrent-ils.
-" Du nôtre, leur répondit Créateur. Si nous réunissons nos forces, nous serons plus puissants. "

Créateur guida Printemps, Été et Automne le long du sentier qui menait vers les contrées gelées d'Hiver. À chaque pas, la terre était plus froide. Un manteau de neige recouvrait tout le paysage. Des vents hurlants balayaient des pans de neige fondue qui leur fouettaient le visage. Au beau milieu de ce tournoiement de grêle surgit le géant de glace.
Au beau milieu de ce tournoiement de grêle surgit le géant de glace. 
 
-" Lequel de vous désire me défier? ", cria Hiver à tue-tête.

Créateur pénétra au milieu de cette tornade de pluie verglaçante. Les vents se turent et tout redevint calme. Rassemblant ses forces, il fit appel aux pouvoirs magiques de tous et il devint si immense que son corps finit par remplir tout le ciel.
-" Hiver, dit-il d'une voix forte. Ensemble, nous sommes un. "
Sa voix se répercuta dans tout l'univers. La chape de neige qui recouvrait la terre se mit à fondre en même temps que disparaissait le pouvoir d'Hiver. Le sol où se tenaient Printemps, Été et Automne éclata de vie dans un foisonnement de couleurs. Hiver rétrécit et retrouva la place qu'il devait occuper dans le cycle des saisons.
Créateur promena son regard sur la Terre.
-" Cela est bien. "
 Et il était heureux.



D'origine mohawk, C.J. Taylor est une artiste et une auteure de littérature enfantine mondialement reconnue. Conteuse et peintre autodidacte, elle a organisé des expositions d'art autochtone partout en Amérique du Nord. Ses œuvres font partie de nombreuses collections privées tant au Canada qu'aux États-Unis. Elle a écrit et illustré neuf livres pour enfants, dont Peace Walker : The Legend of Hiawatha and Tekanawita, son plus récent.

mercredi 11 novembre 2009

Mercredi 11 novembre



Souvenir d'un poilu qui, dans sa tranchée, en attendant... quoi?
une balle de cuivre roux, une douille, deux douilles de cuivre jaune....
fabrication artisanale, art populaire, ciselures précises, occupation des mains encore valides...
sur la plume "compagnie française"
A-t-il écrit à sa mère, à sa fiancé, à sa femme, à sa fille avec ce stylo de fortune si précieux... encore de nos jours, pour nous?

Que veut dire le 11 novembre aujourd'hui, que voudra-t-il dire d'ici quelques années?

samedi 27 juin 2009

Fortuna retrouvée!


Notre oiseau désespéré et déplumé par son oiselle( voir les épisodes précédents sur Mavenise et Miscellanéeanne ) vient de gagner au loto: un heureux hasard.
En effet, dans son grand désespoir, il décide de donner ses derniers petits écus pour jouer quelques chiffres pris de-ci, de-là, dans le dédale des rues de Venise...mélangeant le tout, à sa date de naissance:
-"
46, 38,22, 11,30,9..."
Il n'a plus rien à perdre, n'ayant que quelques tristes épluchures jetées ici ou là, à se mettre sous le bec, pas un regard de la population pour ce pauvre volatile bien chétif:
-Allez, ouste, vil gueux!"
Lui qui était superbe, tant adulé, son plumage si brillant, en arriver là à cause d'une donzelle délurée...
Et ne voila-t-il pas qu'il voit ses numéros gagnants en passant devant le buraliste.
-"Non, je rêve, je rêve!"
La première chose à faire sera de retrouver son allure d'antan: et d'un coup d'aile le voilà parti se procurer un magnifique ramage.
La vie a parfois du bon... surtout dans les contes.







mardi 23 juin 2009

Pour Maïté...


Si je ne me trompe pas de race d'oiseau celle-ci pourrait être la copine de celui-là, quand pensez-vous?
Elle ne semble pas contente: à mon avis ils ont du se donner rendez-vous mais pas au même endroit...

dimanche 14 juin 2009

Le retour


Paolo a repris du service,
la gondola aussi...

jeudi 11 juin 2009

Pendant ce temps Paolo chante , heureux de parfaire sa petite maison de Burano...


"Tout sommeille à Venise, à peine si la brise murmure dans les airs;
Paolo dans sa gondole, chante la barcarolle chère aux enfants de mers;
Oh! viens beauté parfaite, douce au cœur, belle aux yeux,
Oh! viens, oh! viens, jouissons de la fête que nous donnent les cieux"
Extrait de "La nuit heureuse"
pas de nom de compositeur!

Enquête auprès des citoyens vénitiens...


"Paolo?"
"Non, il ne travaille pas le mercredi, je crois qu' il est à Burano, il fait des travaux dans sa petite maison! Ah! il a oublié son chapeau? ce n'est ni la première ni la dernière fois , il est tellement étourdi!
Sa gondole? elle est à San Trovasso ... contrôle technique! Ciao "

"Vous l'avez trouvé?"



"Nous n'avons trouvé que son chapeau, ses gants et la gondola n'est plus amarrée, disparue elle aussi!"

Mais où est donc passé Paolo?


Goguenard, le bougre!
Il ne dira rien même sous la torture...

La suite des évènements de la journée...


Oubli ou prétexte pour disparaitre?

dimanche 31 mai 2009

Peccato in buona compagnia !


"Gondola ! Gondola !"

A chaque embarcadère vénitien, vêtus de leur polo rayé, les fiers gondoliers, de père en fils, vous interpellent pour vous faire " girare un poco " au travers de La Cité lacustre… Cependant on peut assister à des scénettes bien différentes : Castello, un après-midi bien chaud, un jeune garçon, Giovanni, armé de sa longue canne à pêche, projette de faire une battue spectaculaire dans le canal, s'imaginant se faire un peu d’argent de poche à la Pesceria le lendemain ! Ici, précisément, où une population abondante de poissons, a-t-il observé du haut de ses 13 ans, semble le narguer.


Mais ce n’est pas sans compter avec la compagnie des gondoliers, armés de lunettes de soleil " stilo Armani ", le chapeau bien planté sur leur tête altière, ce jour là, un peu en panne de clients potentiels !
"Si on participait à cette pêche miraculeuse ? On va le conseiller, il ragazzotto ! " Et que je t’explique comment mettre l’asticot, et que je te fais mettre l’hameçon au dessus du poisson - pas bête, lui, le poisson, mais cela, ils ne le savent toujours pas ! -


" Tu vois, petit, ça c’est le grand Art, stratégie du poisson qui va se faire avoir, crois- en ma grande expérience, mes potes sont là pour te le confirmer, mes talents, je les tiens de mes ancêtres qui faisaient fortune sur la lagune en ces temps anciens !


Allez, donne- moi cette canne, oh! un peu lourde, que je te montre le coup de poignet, mais ne tire pas comme ça, tu vas les faire partir ! Ils vont nous entendre et pssssssst, ter-mi-né !!! Regarde bien, et taci !!! "


Le copain, accoudé à la rampe, semble cependant bien sceptique : "du poisson ici ? Il rêve, il mio amico, et puis je sais qu’il est bien meilleur à la gondola qu’au lancer, et il chante mieux que ce qu’il attrape au bout de la ligne ! "
"Aller Domenico, ça suffit tu vois pas que tu l’embêtes, le petiot ! "
Oh ! là! C’est pas possible, mais d’où il sort celui là, 1 cm, il frétille en tous sens, c’est qu’il n’aime pas ce truc en fer dans la bouche !
Madre de Dio, quelle friture ! c'est la pêche à la baleine ici, Moby Dick en personne remontant les courants froids…
" Allez petit, réflexion faite, vaut mieux aller à Chioggia, tu auras plus de chance et nous, on pourra peut- être attraper quelques touristes, tu nous auras porté chance, je le sens."