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dimanche 30 janvier 2011

LA GUIRLANDE DE JULIE...(3)


 ou la constance récompensée.


Charles de Sainte Maure, duc de Montausier personnage célèbre à la cour de Louis XIV,  aspire à séduire
la belle Julie d'Angennes
fille  de la marquise de Rambouillet.

Il décide de composer une série de madrigaux, chacun portant le nom d'une fleur, l'ensemble formant une guirlande. Il fait appel à une vingtaine d'amis poètes pour composer les 62 madrigaux , lui même en écrivant seize.




Volume manuscrit sur vélin de 90 feuillets, 29 comportent une fleur peinte en miniature.
Le titre est composé d'une guirlande de fleurs, on rencontre plus loin Zéphyr tenant une rose à la main droite et de la gauche une guirlande de 29 fleurs qu'il souffle légèrement sur la terre.




Le texte est calligraphié sur vélin  avec une admirable perfection par le célèbre calligraphe Nicolas Jarry. Le volume illustré par le grand peintre des fleurs Nicolas Robert, relié en maroquin rouge par Gascon, un des plus habiles relieur de l'époque, est remis à la belle Julie le jour de sa fête comme un bouquet délicat, plus durable que celui de véritables fleurs.


Madame de RAMBOUILLET
  
L'hôtel de Rambouillet


La marquise de Rambouillet née Catherine de Vivonne est une femme d'exception qui tient au XVIIème siècle 
le premier salon parisien célèbre dans son hôtel.
En raison  de sa santé précaire et des mœurs de la Cour, elle décide d'attirer chez elle le grand monde. Elle s'intéresse aux arts, aux lettres ; elle aime ainsi l'histoire et parle plusieurs langues. Elle tient un salon très brillant, dans sa chambre bleue, avec l'aide de sa fille Julie.

-"On y parle savamment, mais on y parle raisonnablement et il n'y a lieu au monde où il y ait plus de bon sens et moins de galanterie."

Son salon exercera une grande influence sur la langue française et sur la littérature du temps, les précieuses ayant joué un rôle important dans le renouvellement du vocabulaire français. Il sera l'un des rares lieu à donner l'honneur aux femmes, contrairement aux autres salons massivement fréquentés par des hommes. On s'y initie aux belles lettres, au bon langage, au bien vivre et à  la séduction.
Pour ce faire, Madame de Rambouillet  enrégimente un escadron de jeunes filles de la meilleure naissance qui agrémentent les rencontres par leur esprit et leur charme, la préciosité étant plus une forme de modernisme et de féminisme que de pédanterie. N'est ce pas de ce salon que sortiront les "amazones" qui s'impliqueront fortement  dans la Fronde?
 

Julie d'Angennes



La belle Julie, "l'incomparable Julie",  grandit dans ce milieu, célèbre par sa beauté  et son esprit; elle est, sous le nom de "princesse Julée" le pendant de sa mère "la sage Arthenice"
Âme forte et généreuse, dévouée, elle a le goût du théâtre, aime les lettres, la "belle danse".
Elle fascine par une aisance égale dans les jeux de l'esprit et la maitrise du corps. Elle parait comme un idéal féminin insurpassable.

"Sachez que, cette nuit-là, les fées avaient répandu sur elle ces beautés et ses grâces secrètes qui mettent de la différence entre les femmes et les déesses."
Voiture

Elle connait la passion du Duc pour sa personne, mais préfère la liberté, la fête, les échanges de mots et d'idées. Elle ne conçoit pas de se marier jeune et dédaignera le pauvre duc un temps certain.

Elle recevra, en gage d'amour passionné le livre dans une enveloppe de peau parfumée à la frangipane remis par surprise, déposé pendant la nuit sur sa coiffeuse en 1641, cadeau inégalable d'un amoureux d'une constance rarissime. 

  


LE JA S M I N,   
Cause de tant de feux, source de tant de pleurs,
JVLIE , accorde ma requête ;
Comme à toutes ces autres Fleurs,
Donne-moi place sur ta teste ;
Devant le lustre de mon teint,
L'éclat des plus beaux Lys s’éteint;
Par tout ailleurs je leur fais honte,
Seulement dans ton sein leur blancheur me surmonte.

De M. le Marquis DE MONTAUSIER,



L’ ANÉMONE,
Je m'offre à vous, belle JULIE ,
Mais ne refusez pas mes vœux ;
La COURONNE qu'on met dessus vos beaux cheveux,
Sans moi ne peut être accomplie :
Je dois entre les Fleurs tenir le premier rang ;
On ne saurait cueillir que parmi les épines
Cette Fleur que Vénus fit naitre de son sang,
Et je n'en mêle point à mes beautés divines ;
Mais l’éclat de vôtre beauté'
M'accuse de témérité',
Je céderai toujours aux Roses,
Tandis qu'elles seront sur vôtre teint écloses.

De M. le Marquis DE MONTAUSIER.
LA TULIPE, AU SOLEIL, 
Bel  Astre à qui je dois mon être et ma beauté,
Ajoute immortalité
A cet éclat nonpareil dont je suis embellie,
Empêche que le Temps n'efface mes couleurs :
Pour trône donne-moi le beau front de JVLIE ;
Et si cet heureux sort à ma gloire s’allie,
Je serai la Reyne des Fleurs.

De M. CONRART.


Contre toute attente, le duc après avoir adjurer sa foi protestante peut enfin épouser la belle Julie en 1645, sous les frondaisons campagnardes de Rueil,  la fête ayant lieu en juillet, elle est sublime: compliments, bal, feux d'artifice, ainsi que les 24 violons du roi venus donner la sérénade à Julie.
Son attente n' aura durée que quatorze longues années... 




Le personnage de Montausier inspirera Molière lorsqu'il écrira "le Misanthrope"!


Celui qui était dans ma bibliothèque et attendait son tour!
Pas autant cependant que le Duc.

à suivre "l'art de toucher le clavecin"...
 

9 commentaires:

  1. Je reviendrai lire ton long article plus tard, car, trop fatiguée, je n'arrive pas à me concentrer ce soir. Je te souhaite donc juste une bonne fête et te dis à très bientôt !

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  2. Coucou

    Nous aimons les fleures !! Par terre!! Elles ne sont pas faites pour être dans les vases!!

    On peut faire un bouquet de numéro avec les pétales!!

    bisous de Nantes xxx

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  3. J'ai le livre chez moi qui a été édité en 1991 par Robert Laffont et la Bibliothèque Nationale sur la Guirlande de Julie présentée par Irène Frain, c'est magnifique ... Je le comtemple souvent ! Si Monsieur de Montausier n'avait pas était si amoureux nous offrirait-on maintenant des fleurs pour nous dire que l'on nous aime ?

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  4. Je découvre avec toi tout un pan de la littérature qui m'est absolument inconnu. Merci pour ce message plein de poésie et de patience....

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  5. EXTRAORDINAIRE !
    Un billet très riche en connaissances et iconographie.

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  6. quel cadeau époustouflant! se donner tant de mal!! on en rêve!

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  7. Quelle constance, quelle patience et qu'il est heureux qu'il en ait été ainsi puisque cela nous vaut cette fameuse "guirlande" dont tu parles si bien. TOn article est passionnant, et donne envie de se procurer une édition de cet ouvrage, illustrée bien sûr !

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  8. Quelle belle histoire d'amour! Merci, Martine, de cette publication qui fait rêver.
    Anne

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