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JUILLET...SI CHALEUREUX...

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vendredi 13 novembre 2009

Histoire d'antan.

"Dès avant Mestre, la dernière station en terre ferme , on voit naitre et grandir à l'horizon quelque chose de confus, un monde de coupoles, de flèches et de campaniles.
Venise! Venise! et malgré soi le cœur se prend à battre.
(...) Le train s'engage à toute vapeur sur un pont de quatre kilomètres jeté comme un trait d'union à travers le petit océan vénitien et, après dix minutes de navigation maritime en voie ferrée il dépose ses voyageurs à la gare ressemblant à toutes celles de notre connaissance.
Rien d'étrange comme cette entrée à Venise. Le débarcadère ouvre sur l'embouchure du Grand Canal. Au pied du quai stationnent des gondoles-omnibus qui pour dieci soldi rament dans la direction de la Piazzeta. Mieux vaut prendre une gondole à la course, un fiacre à deux avirons. Vous embarquez là dedans, vous, vos malles, vos parapluies... Puis, rêveur, ému vous laisser aller... A Dieu va!
Ce qui frappe le continental qui n'en a pas l'habitude, ce qui l'attriste même , c'est le silence planant sur la ville des Doges. On n'y a jamais vu que sept chevaux, quatre en airain, les fameux coursiers de Corinthe, piaffant sur la galerie de Saint Marc, un en bronze à la porte de l'église Saints Jean et Paul, les deux derniers non moins bronzés à l'Arsenal. Jamais coupé, landau, camion, tombereau, jamais véhicules à deux ou à quatre roues n'ont ébranlé les pavés de la reine de l'Adriatique. Le vélocipède n'y est pas en vogue. Rien donc de nature à engendrer le tintamarre; quelques cris de gondoliers ou d'industriels ambulants... c'est tout.
Les maisons plongent dans l'eau, la porte cochère ouvre sur le canal, de chaque fenêtre jusqu'au comble on est libre de pêcher à la ligne.


Le long des innombrables canaux, sous les ponts qui se croisent et s'enchevêtrent, la circulation des gondoles est incessante de jour et de nuit.. de nuit surtout. Miracle qu'il n'y ait pas vingt naufrages par vingt quatre heures. Chez nous il y en aurait cent; à chaque coin de rue deux gondoles se briseraient les côtes, celles de la pratique par surcroît. Là bas point ; les barcarols sont habiles, prudents, pas tapageurs du tout. Le plus voisin de l'angle d'un canal pousse un petit cri "Arri primi"; traduction libre :" Halte là je suis le premier". A ce signal les frères doivent stopper et mettre en panne. Puis lorsque votre gondole aura doublé le cap vous serez, Mesdames, engagées dans une flottille de barques qui raseront votre bord sans secousse et le frôleront comme nous ferions sur vos robes de faille sur la plus fréquentée de vos promenades. La crainte des abordages vous ferait pousser des cris de nonnes effarouchées. Cette crainte est inconnue à Venise."
"Le fond d'un sac d'un vieux touriste" Louis VIGNET
1886-1887
gallica

3 commentaires:

  1. Mes beaux parents sont partis pour Venise jeudi soir,je leur ferai lire cette évocation à leur retour...j'ai pensé à vous parce qu'hier j'étais chez une cousine qui a huit enfants et Jean 9 ans m'a dit qu'il jouait du clavecin au concervatoire de Boulogne !!!

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  2. Il doit être avec ma copine Laure Morabito, un excellent professeur.

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  3. Merci, Martine, pour ce texte au charme évocateur des voyages à Venise. L'habileté des gondoliers est légendaire.
    Anne

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